What do you Flair #36: Olivier, Versailles

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Olivier porte beaucoup de choses

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Olivier David, 41 ans, enseignant-chercheur à l’Université de Versailles

Chimiste, c’est ma vocation depuis tout petit. Après un parcours universitaire classique, je suis aujourd’hui maître de conférences et chercheur à l’université de Versailles. Côté enseignement, j’assure notamment les cours de chimie organique des étudiants de l’ISIPCA, dont le campus est juste à côté. C’est nous qui leur dispensons les cours qui leur permettent d’avoir un niveau Master en sortant, avec un niveau franchement balèze en sciences. Côté recherche, je suis plutôt spécialisé dans les molécules à visée anti-cancer. En gros, on fait de la recherche fondamentale pour que les labos pharmaceutiques puissent, à leur tour, chercher plus loin. Par ailleurs, notre labo va signer une convention de partenariat avec l’Osmothèque de Versailles pour qu’on leur fabrique, lorsqu’ils en ont besoin, des molécules rares qui ne sont pas vendues par les grandes sociétés. 

Il y a peu de chimistes de recherche qui s’intéressent à l’odorat. Il y en a à Nice, ce sont des gens super, et aussi au Collège de France, où un archéologue a fait un cours sur la reconstitution des parfums de l’Antiquité grâce à des formules retrouvées pendant des fouilles. Sinon, c’est de la recherche privée menée par des sociétés de compositions qui sont très soucieuses de garder leur savoir-faire, qui est extrêmement précieux : pour créer une seule molécule, il leur faut des années de tests – presque comme un médicament – et si le concurrent arrive à la fabriquer autrement, le brevet ne sert plus à rien et ils perdent des millions. Les molécules captives, c’est ce qui les fait vivre, il ne faut pas l’oublier. Moi, je me suis initié à la chimie des parfums grâce à un chimiste de chez Givaudan, Philip Kraft, qui a écrit un bouquin qui est la référence pour moi : Scent and Chemistry. Il y parle de tout. Et c’est l’un des très rares à avoir partagé ce savoir jalousement gardé dans l’industrie. 

Mon intérêt pour le parfum date d’il y a seulement un an et demi environ. Je m’intéressais aux odeurs, certes, mais je n’en faisais rien. C’est grâce à un pote qui est toujours en train de fureter en parfumerie que tout a commencé : j’ai commencé à regarder sur internet, les blogs, auparfum.com, tout ça, et puis ça m’a pris d’un coup, quoi. J’ai vite repéré qu’Alexis était l’un de mes étudiants et on a beaucoup discuté. Il a publié sur auparfum des commentaires qui m’ont marqué, sur Samsara et Narcisse Bleu notamment. Chez lui, il y a ce côté « à la vie à la mort ». Il écrit avec ses tripes tout en restant pudique, il n’impose pas de vision, il dit ce qu’il en pense et donne des pistes pour comprendre. C’est ce que je trouve génial chez Jeanne aussi. J’aime ce côté ouvert.

Depuis que je m’intéresse au sujet, j’ai complètement modifié mon cours. Je prends des matières premières de parfumerie et j’explique à mes étudiants soit sur comment c’est fabriqué dans la nature, soit comment les chimistes l’ont fabriqué. J’ai notamment une grosse partie de mon cours consacrée à l’Iso E Super – une molécule fondamentale qui a lancé Firmenich dans les années 70. Au départ il y avait l’Iso E, composé d’une dizaine de molécules dont une seule odorante, présente à 1%, et qui pourtant sentait déjà cette odeur très originale. En améliorant le procédé ils ont réussi à monter cette proportion à 5%, d’où le nom de « Super ». Aujourd’hui c’est comme l’hédione, il n’y a pas un seul parfum qui n’en contienne pas. J’ai notamment contacté Maurice Roucel au sujet de Kenzo Air où il y a énormément d’Iso E Super, car je voulais savoir à quoi ça servait dans sa formule. Il m’a expliqué que pour lui c’était une toile blanche. Un support olfactif que tu peux manipuler, sur lequel tu peux mettre des couleurs. Son brief, c’était de faire un vétiver boisé mais pour des raisons de coûts il ne pouvait pas mettre beaucoup de vétiver. Donc il a forcé le côté cèdre de l’Iso E, et du coup tu as l’impression qu’il y en a plein. L’Iso E Super, ça remplit ta formule, ça la bourre, et pourtant tu ne le perçois pas forcément car c’est avant tout un apport technique. Aujourd’hui, la molécule qui sent bon dans l’Iso E Super, un prix Nobel est parvenu a l’isoler et l’a baptisée Arborone. Pour mon cours c’est très intéressant, parce que tu as toute la démarche scientifique et chimique de comment ils ont galéré pour essayer de faire une matière première la plus riche possible en cette molécule, toute l’histoire avant pour savoir que c’était elle et pas les autres, et paf le prix Nobel qui arrive là dessus.

C’est en achetant Coromandel de Chanel que j’ai inauguré mon intérêt nouveau pour le parfum. Avant ça, j’ai porté A-Men de Thierry Mugler pendant des années, c’était vraiment ma signature olfactive. J’avais fait, juste une fois, un écart pour Nu, d’Yves Saint Laurent, dont on m’avait filé un échantillon et qui avait été un coup de foudre immédiat. Avec Coromandel, j’ai marqué ma sortie d’une époque où pour moi parfum rimait avec Sephora. Aujourd’hui il a une place spéciale dans mon cœur : ce n’est pas celui que je préfère mais c’est celui que je porterai à mon mariage.

Après un an et demi de passion dévorante, je suis arrivé à un équilibre : j’ai les parfums qui me plaisent. Le dernier que j’ai acheté, c’est The Night. Je dois reconnaître que c’est un parfum spécial: la première fois que je l’ai senti sur mouillette, j’ai effectivement perçu cette espèce de biquette infernale, je me suis dit que c’était fun mais pas forcément fait pour moi. Et puis en fait je l’ai réessayé sur peau et je l’ai aimé, mais je me demandais si ça passerait vis-à-vis de mon copain que je sois une bergerie ambulante… Finalement ce qui m’a décidé c’est que ça sent vraiment super bon. Avec le parfum, quand ça nous plait, il faut oser. Récemment lors d’un voyage à Beyrouth, j’ai emmené Portrait of a Lady, que j’adore, et je sais pas si c’est l’air marin mais sa facette oud ressortait vachement, et on reconnaît que c’est le même oud que dans The Night. Avant ces deux-là, chez Malle, j’avais acheté Géranium pour Monsieur et Vétiver Extraordinaire. J’adore Dominique Ropion, ce mec est génial. Je ne l’ai jamais rencontré mais il a l’air super. Il y a réellement sa personnalité filtre qui dans ce qu’il crée, comme dans les parfums de Maurice Roucel ou encore de Mathilde Laurent, dont j’admire beaucoup le travail. Sa Déclaration d’un Soir, c’est une merveille. Pour moi, il est emblématique de sa démarche, de cette idée qu’on peut faire de la parfumerie grand public avec la même créativité que dans la niche. Et dans la collection des Heures de Cartier, même si la Treizième Heure est celle qui me correspond le mieux, je trouve que L’Heure Vertueuse est magnifique. Je veux dire, c’est même plus un parfum, c’est un poème! Et le fait qu’il tienne seulement 3 heures, c’est presque mieux. Tu te mets en présence d’une œuvre d’art, tu vis avec pendant un certain temps. Ce parfum, tu n’as pas besoin d’avoir de culture pour l’apprécier, mais si tu en as tu le saisis encore plus. C’est comme regarder un Chardin ou un Watteau : si tu mets le nez dessus, tu vois des petits points, tu te dis « ce peintre est génial », mais si tu prends un peu de recul, même le gamin qui passe derrière et qui n’y connaît rien peut te dire que c’est beau parce que c’est tellement simple. Mathilde Laurent, elle a tellement travaillé qu’elle réussit, comme dit Rameau, à « cacher l’art par l’art même ». Je ne comprends pas pourquoi son nom n’est pas inscrit au fond des flacons Cartier.

DSC_2133En ce moment, mon grand chouchou c’est Tabac Tabou. Dans la sélection que j’ai apportée, j’ai voulu représenter tous les parfumeurs que j’adore. Donc Marc-Antoine, évidemment. Tabac Tabou, je ne l’ai pas aimé tout de suite, il a fallu que je le porte, que je vive avec. Grâce à lui j’ai compris que j’adorais l’immortelle, comme dans Fougère Bengale. J’aime la musique depuis toujours, et je fais souvent des rapprochements assez précis entre un parfum et une pièce de musique. Tabac Tabou, il y a une pièce de Debussy jouée par Michel Dalberto, La terrasse des audiences au clair de lune, qui m’y fait vraiment penser. Ca commence avec une ligne sinueuse de piano, et puis il y a un truc qui grossit mais toujours dans la douceur, ça devient presque violent sur la fin, et puis tout se redégonfle. Ca me fait penser au style de Marc-Antoine Corticchiato : ses matières premières sont fortes, elle ont de la personnalité, mais il les traite avec un raffinement qui fait que c’est jamais violent. Je lui ai offert le disque, du coup.

Iris Silver Mist, c’est le seul parfum que j’ai acheté après avoir lu une critique. D’habitude je ne veux pas lire de critique avant de sentir, parce que les mots t’influencent beaucoup et que je veux d’abord percevoir un parfum moi-même, me laisser être surpris par ce que je vais sentir. J’avais fait une exception pour celui-ci et il ne m’a vraiment pas plu alors que la critique m’avait emballé. Son coté carotte m’a sauté au nez d’une façon violente. Et puis j’ai fini par l’aimer. C’est marrant comme certains parfums, tu les perçois d’une manière radicale la première fois, comme si ton cerveau cherchait à se raccrocher aux branches en faisant des associations très fortes, et puis après tu ne les sens plus jamais comme ça, même en faisant un effort.

D’Iunx, j’ai apporté L’Eau Blanche, qui m’a beaucoup résisté au début : je n’y trouvais rien d’autre que de l’habanolide, ce fameux musc qui sent le fer chaud. Quand j’ai lu la critique de Jeanne sur auparfum, je me suis dit que c’était pas possible, qu’elle avait fumé, parce que le tilleul je le sentais pas du tout. Mais une fois que tu le portes, que tu es dedans, tu le comprends. Il a cette qualité qu’on les créations d’Olivia : il est suggestif. Il te souffle une évocation, une piste, et c’est toi qui complètes. Ca me fait penser à une toile blanche que j’ai vue à Beaubourg, objectivement blanche écrue, mais avec des effets de reliefs et de texture qui font qu’en restant devant assez longtemps tu as comme des hallucinations visuelles qui apparaissent. L’Eau Blanche, pour moi, c’est ça. C’est un parfum comme une musique que, selon ton humeur, tu perçois différemment. Comme si c’était un autre interprète qui le jouait.

Pour Jean-Claude, j’ai apporté L’Eau de Narcisse Bleu. Je l’aime beaucoup parce que je ne le comprends pas. J’adore son odeur mais je serais incapable de te dire ce qu’il sent. J’ai envie de le voir comme une sorte de test – d’indicateur coloré, comme on dirait en chimie : je me dis qu’au fur et à mesure que j’apprends des choses, je vais peut-être réussir à comprendre ce qui fait ce Narcisse Bleu. Pour moi, c’est un mystère.

De Vero, j’ai pris l’eau de parfum Onda. Vero Kern, c’est la preuve qu’on peut rencontrer quelqu’un sans l’avoir jamais vu. Par facebook je sais qu’elle a l’air d’une femme géniale. Drôle, pas superficielle, à mettre ses tripes dans ses parfums. Quelqu’un qui, un peu comme Marc-Antoine, a réussi à construire un truc avec une personnalité super affirmée, et à se faire une place dans ce milieu pourtant très verrouillé.

Quant à Vol de Nuit, c’est le premier Guerlain que j’ai acheté. Cet extrait vintage, je l’ai trouvé sur eBay. La tête verte est passée, mais le fond est encore très beau.

Quand tu portes le même parfum tous les jours, tu ne le sens plus, ça devient fonctionnel, comme se mettre du déo. Depuis que j’en ai plein, je retrouve le plaisir de me parfumer, j’en change tous les jours, le soir aussi, parfois… Quand je vais courir, je mets toujours Cristalle Eau Verte parce que je le trouve dynamisant, mais c’est presque plus un déo que du parfum parce qu’il sent pareil de A à Z. Il chypre un peu sur la fin, mais je passerais pas ma journée avec.

Cela fait un an et demi environ que j’interviens sur auparfum, et comme je postais des choses en rapport avec la chimie, Jeanne Doré m’a contacté au sujet de NEZ. Elle m’a demandé si j’accepterais de contribuer à une rubrique où on aborderait d’une part la chimie dans les parfums à travers les matières premières – pour ce premier numéro, on s’est penchés sur l’hédione – et où on s’intéresserait d’autre part aux molécules odorantes du quotidien. Là, on a choisi l’odeur de l’herbe coupée. C’est une odeur qu’émet un brin d’herbe lorsqu’il est attaqué, par une chenille par exemple. À la fois cette molécule lui donne un goût amer qui dissuade le prédateur de la manger, et elle lui permet de prévenir les brins d’herbe alentour qu’il y a danger, afin qu’ils sécrètent cette même molécule à leur tour. Quand on trouve quelque chose dans la nature qui fabrique une odeur exprès, c’est que ça sert à quelque chose. Ca peut être, dans le même registre, les tanins que fabriquent les acacias d’Afrique quand ils sont mangés par les girafes, ou encore l’éthylène – que notre nez humain ne perçoit pas – sécrété les pommes pour synchroniser leur murissement afin qu’un même arbre puisse attirer tout un troupeau d’animaux. La communication olfactive chez les plantes, c’est un sujet passionnant.

 Olivier David, 41, teacher and researcher at the University of Versailles.

I’ve wanted to be a chemist ever since I was a kid. After a classic academic career, I now am a senior lecturer and researcher at the University of Versailles. On the teaching side, I notably teach organic chemistry classes to the students of ISIPCA school, whose campus is just nearby. We teach those classes that allow them to graduate with a Master’s degree, with an excellent level in sciences. On the research side, I am specialized in anti-cancer molecules. We basically do fundamental research so that pharmaceutical labs can then search further. Besides, our lab will sign a partnership agreement with the  Osmothèque in Versailles so that we can provide them, when they need it, with rare molecules that big societies don’t sell.

There are few research chemists interested in smell. There are some in Nice, they are great people, and also at the Collège de France, where an archeologist has taught a class on the reconstitution of Antiquity fragrances based on formulas recovered during excavations. Otherwise, it’s private research led by composition societies who are very careful to keep their know-how to themselves as it is very precious: to create one single molecule, they need years of testing – almost like a medicine – and if one of their concurrents manages to produce it otherwise, the patent becomes useless and they loose millions. Don’t forget that those captive molecules are what they get their money from. I, for one, initiated myself to the chemistry of fragrances thanks to a chemist from Givaudan, Philip Kraft, who wrote a book I consider a reference: Scent and Chemistry. He speaks about everything. And he’s one of the few people who have ever shared this knowledge, jealously kept by the industry.

My interest for perfume is only about a year and a half old. I liked to smell things but never did anything about it. It is thanks to a friend who is always sniffing around that everything started: I began to look on the internet, to read blogs, auparfum.com and all, and it just took me. I soon understood that Alexis was one of my students and we talked a lot. On auparfum, he’s published some commentaries that have made a strong impression on me, like on Samsara and Narcisse Bleu. I like that he’s so passionate. He writes with his guts and still remains modest, never imposing his vision, just saying what he thinks and giving people tools to understand. That is what I love about Jeanne, too. They are open.

Since I’m into the subject, I’ve completely reworked my class. I take perfumery raw materials and either explain to my students how it’s made in nature, or how chemists made it. A big part of my class is dedicated to Iso E Super – a fundamental molecule that launched Firmenich in the 70s. In the beginning there was Iso E, made of a dozen molecules among which one was odorant, and which, although present at 1%, already gave that very original smell. By improving the process they managed to lift this proportion to 5%, hence the name of “Super”. Today, it’s like hedione: there isn’t a single perfume that doesn’t have it. I contacted Maurice Roucel about Kenzo Air where there is a lot of Iso E Super, because I wanted to know what it did to his formula. He told me that for him, it was like a blank canvas. An olfactory medium you can manipulate, put colors on. His brief was to make a woody vetiver but for cost reasons he couldn’t put a lot of actual vetiver. So he overdid the cedar facet of Iso E Super, and that makes you feel like there is plenty of it. Iso E Super fills up your formula, stuffs it, and yet you don’t necessarily perceive it because it’s a technical contribution before everything else. Today, the molecule that smells good in Iso E Super has finally been isolated by a Nobel Prize who has called it Arborone. For my class it’s very interesting, because you have all the scientific and chemical process of how they struggled to make a raw material that contained as much of this molecule as possible, the whole story of how they understood it was this one and not the other ones that smelled, and boom this Nobel Prize on top of it all.

I bought Chanel’s Coromandel to inaugurate my new interest in perfume. Before that, I’d worn Thierry Mugler’s A-Men for years, it truly was my olfactory signature. I had, just one, been unfaithful with Nu by Yves Saint Laurent, of which I’d gotten a sample and fell in love with instantly. With Coromandel, I marked the end of a time when, for me, perfume and Sephora went hand in hand. Today it has a special place in my heart: it’s not the one I prefer but it’s the one I’ll wear to my wedding.

After a year and a half of consuming passion, I’ve reached a balance point: I have all the perfumes that I love. The last one I bought was The Night. I have to admit it’s a special fragrance: the first time I smelled it on paper, I did perceive this sort of goat from hell, I thought it was fun but maybe not for me. Then I tried it on skin and really loved it, but still wondered how my boyfriend would feel about me being a walking sheepfold… What eventually decided me was that it just smells so good. With perfume, when you love something, you’ve got to go for it. Recently during a trip to Beyrouth, I took Portrait of a Lady, which I love, and I don’t know if it was because of the marine air but its oud facet came out a lot, and you can tell it’s the same oud as in The Night. Before those two, at Frédéric Malle’s, I’d bought Géranium pour Monsieur and Vétiver Extraordinaire. I love Dominique Ropion, this guy is amazing. I’ve never met him but he seems great. His personality really comes through what he makes, just like in the perfumes of Maurice Roucel or Mathilde Laurent, of whom I very much admire the work. Her Déclaration d’un Soir is a wonder. For me, it is emblematic of what she stands for, which is that you can make mainstream perfumery with the same creativity as you would in niche perfumery. In Cartier’s Les Heures collection, although the Treizième Heure is the one that suits me best, I think L’Heure Vertueuse is beautiful. I mean, it’s not a perfume, it’s a poem! And the fact that it only lasts 3 hours on skin is almost for the best. You put yourself in the presence of an artwork, and you live with it for some time.  You don’t need to have culture to appreciate this perfume, yet you understand it even better if you do. It’s like looking at a Chardin or a Watteau: it you put your nose on it, you see lots of little dots and think “this painter is awesome”, but if you step backwards a bit, even the kid behind you who doesn’t have a clue can tell you it’s beautiful because it’s so simple. Mathilde Laurent, she’s worked so much that she manages, like Rameau said: “to conceal art with art itself”. I don’t understand why her name doesn’t appear on the bottom of the Cartier bottles.

DSC_2133My favorite these days is Tabac Tabou. In the selection I brought, I’ve tried to represent all the perfumers I love. So Marc-Antoine, obviously. I didn’t like this Tabac Tabou right away, I’ve had to wear it, to live with it. Thanks to it I understood that I love immortelle, like in Fougère Bengale. I’ve been passionate about music forever, and I often make parallels between a fragrance and a piece of music. Tabac Tabou, there’s a piece by Debussy played by Michel Dalberto called La terrasse des audiences au clair de lune that really reminds me of it. It starts with a winding piano line, then something gets bigger and bigger without losing its softness, it almost becomes violent towards the end, and then everything just deflates. It reminds me of Marc Antoine’s style: his raw materials are strong, they have personality, but he plays with them in such a way that it’s never violent. So I gave him the record.

Iris Silver Mist is the only fragrance I ever bought after reading a critic. Usually I don’t want to read a critic before I smell, because words have a great influence and I want to first perceive the fragrance myself, to allow myself to be surprised. I made an exception for this one and I really didn’t like it whereas the critic had excited me. I thought its carrot facet was too violent. And then I ended up liking it. It’s funny how there are some perfumes you perceive in a radical way at first, as if your brain was desperately trying to apprehend it by making very strong associations, and then afterwards you never smell it again in the same way, even if you try.

From Iunx I brought L’Eau Blanche, which resisted me at first: I didn’t smell much else than habanolide, this musk with a strong hot iron smell. When I read Jeanne’s critic on auparfum, I was like, no way, she must have been smoking, because I don’t smell no lime tree in there. But once you wear it, once you’re into it, you understand. It’s got that quality of Olivia’s creations: it is suggestive. It gives you an evocation, a hint, and then you have to complete it. It reminds me of a white canvas I saw in the Beaubourg museum, which was objectively ecru, but with such texture effects that if you stayed before it long enough, you started getting visual hallucinations. L’Eau Blanche, for me, is like that. It’s a perfume just like a music that, depending on your mood, you perceive in a different way. As if another person was playing it.

For Jean-Claude, I brought L’Eau de Narcisse Bleu. I love it because I don’t understand it. I adore its smell but I couldn’t tell you what’s in there. I want to see it as a sort of test – a colored indicator, a chemist would say: I feel like in the process of learning more and more, I may one day understand what this Narcisse Bleu is all about. So far, it’s a mystery.

Of Vero, I took the Onda eau de parfum. Vero Kern is the proof that you can meet someone without having actually seen them. Thanks to facebook I know she looks like a fabulous woman. Funny, not superficial, putting her guts into her fragrances. Someone who, kind of like Marc-Antoine, has managed to make something of her own, something with great personality, and to impose it in a milieu that’s yet very closed.

As for Vol de Nuit, it’s the first Guerlain I ever bought. I found this vintage extract on eBay. The green head is long gone, but the base is still beautiful.

When you wear the same fragrance everyday, you don’t smell it anymore, it becomes functional, just like spraying on deodorant. Since I’ve got a lot of them, my pleasure of wearing fragrance has been renewed, I change every day, sometimes at night… When I go for a run, I always put on Cristalle Eau Verte because I find it energizing, but it’s almost more of a deodorant than a perfume because its smells the same from A to Z. It gets chypre-ish towards the end, but I wouldn’t spend a whole day in it.

I’ve been posting things on auparfum for about a year and a half, and because I posted things related to chemistry, Jeanne Doré contacted me about NEZ. She asked if I’d be OK to contribute to a part of the magazine that would address, on the one hand, chemistry in perfumes through raw materials – for this first issue, we chose hedione – and odorant molecules of everyday life on the other hand. We chose the smell of freshly-cut grass. The one that a blade of grass emits when it’s being attacked, by a caterpillar for instance. It gives it a bitter taste that dissuades the predator from eating it, and it allows it to warn the other blades around that there is a danger, so they can in turn emit that same molecule. When you find something in nature that makes a smell on purpose, it’s because there is a use to it. Likewise, it can be the tannins made by the African acacias when they get eaten by giraffes, or the ethylene – which our human nose doesn’t smell – secreted by apples to synchronize their ripening so that a tree can attract a whole herd of animals. Olfactory communication in the world of plants is truly a fascinating subject.

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2 commentaires

  1. C’étaient comment les parfums dans l’Antiquité, puisque, semble t il, un honorable Professeur du Collège de France s’est penché sur la question.

    Ça sentait fort? Bref je m’interroge. J’avais bien aimé l’ouvrage de l’historien intitulé  » le miasme et la jonquille » . NB: je suis historienne et cette partie de l’histoire quotidienne m’interpelle.

    Votre article est très intéressant. Merci

    1. Bonjour Didon et merci pour votre message. Quelques conférences sur le sujet des parfums dans l’Antiquité sont disponibles en audio et en vidéo sur le site du Collège de France: http://www.college-de-france.fr/site/jean-pierre-brun/course-2012-10-17-10h00.htm
      Je suis sûre que vous y trouverez des réponses 🙂

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