What do you Flair #37: Pascale, Paris

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Pascale porte Little Bianca

Pascale Caussat, 43 ans, journaliste et blogueuse.

Je ne peux pas dire que j’ai toujours eu une passion pour le parfum, ni franchement que j’ai grandi dans famille où il y avait une culture du parfum: pour mes parents, il était plutôt question d’hygiène. De mon enfance, me restent des odeurs de propre et de mousse à raser, d’eau de Cologne Bien-Être et de Brut de Fabergé. Les senteurs que je garde en mémoire sont surtout liées à la nature, à la campagne où j’ai grandi, dans les Cévennes : la terre chauffée par le soleil, l’herbe séchée, les roses sauvages, la lavande que j’ai tellement sentie qu’aujourd’hui je la trouve galvaudée…

À l’adolescence, j’ai porté et adoré Loulou de Cacharel. Mais plus que le parfum lui-même, j’aimais l’univers qui allait avec, et puis ce flacon opaque, comme on n’en fait plus. C’était un bel objet. Plus tard, vers mes 20 ans, j’ai flashé sur White Musk de The Body Shop. Un sillage hygiénique, propre, pas hyper sophistiqué… Mais bon, à l’époque, Guerlain, tout ça, je connaissais pas du tout. Les parfums que j’ai portés par la suite, je les ai surtout découverts au fil de mes voyages professionnels. En tant que journaliste pour Stratégies, je descendais à Cannes pour le festival de la pub, et je me retrouvais logée dans des super hôtels, au Majestic ou au Martinez, et grâce aux produits de toilette dans les salles de bain de mes chambres, j’ai découvert Eau d’Orange Verte d’Hermès et Eau de Rochas. Deux sillages, frais, pas trop forts, que j’ai tout de suite adorés et que je porte encore aujourd’hui. C’est marrant de noter qu’encore une fois, je suis rentrée dans ces parfums par l’hygiène…

Après quelques années chez Stratégies, un poste de rédactrice en chef adjointe s’est ouvert chez CosmetiqueMag, qui appartenait au même groupe. J’avais envie d’apprendre de nouvelles choses, alors j’ai postulé. Je ne connaissais pas particulièrement le milieu de la beauté ou du parfum, mais c’est un secteur très créatif, or la création me passionne, et puis il y avait cet aspect économique qui me parlait parce que j’ai cette culture : mon premier poste en sortant d’école de journalisme, c’était à la rubrique économie du Monde… Pour le reste, j’ai appris sur le tas. Et j’ai adoré découvrir l’univers des parfumeurs, leur métier. Jean-Claude Ellena est impressionnant, je respecte beaucoup sa vision et ce qu’il fait. J’aime beaucoup discuter avec Thierry Wasser, il est pas langue de bois, il demande pas à relire ses citations, et puis il a, comme moi, ce côté terrien, à aller vérifier lui-même sa récolte de jasmin… J’aime bien. J’ai fait beaucoup d’interviews de parfumeurs, il y en a plein d’autres que j’apprécie : Alberto Morillas, Dominique Ropion, Aurélien Guichard, Marie Salamagne ou encore Michel Almairac, qui est un pédagogue remarquable et qui m’a beaucoup appris… Vraiment, j’ai adoré découvrir cet univers. Malgré le marketing, qui est puissant, on y trouve vraiment des artistes. Lorsque CosmetiqueMag a été racheté, j’ai eu envie de changer, de fuir la routine, et je suis devenue pigiste. J’ai commencé à écrire pour le Journal du Dimanche, des articles sur les tendances parfum, sur les matières premières… Et sur d’autres choses aussi, la mode, le made in France, tout le secteur du luxe en fait. Mais je tiens à rester proche du parfum. Je crois que j’ai chopé le virus !

DSC_0065Depuis que j’en sens plein, mon rapport au parfum a changé : j’en porte plus qu’avant. Avant j’avais mon Eau d’Orange Verte et mon Eau de Rochas, maintenant j’en ai plusieurs, je change. Et je vais vers des choses plus féminines, des trucs qui tiennent. Aujourd’hui je porte le dernier Mizensir, Little Bianca, une très jolie fragrance qu’Alberto Morillas a composé pour sa petite-fille. Sinon, parmi mes découvertes de ces dernières années, j’ai adoré N°5 Eau Première. C’est mon odeur d’hiver, enveloppante, qui donne l’impression de se lover dans une écharpe chaude. J’ai eu un coup de foudre pour Corsica Furiosa de Parfum d’Empire : l’année où il est sorti, je suis allée en vacances en Corse et j’ai découvert le lentisque dans la nature, c’est génial. J’aime beaucoup l’authenticité des parfums de Marc-Antoine Corticchiato. Pendant une petite période, j’ai porté une nouvelle déclinaison légère d’Angel que j’avais trouvée agréable, joyeuse. Mais bon, ça n’a pas duré, c’était une tocade. Il y a quelques temps ma mère m’avait offert Iris Nobile d’Acqua di Parma, ça fait longtemps maintenant mais j’ai vraiment été in love de ce parfum. Après, il y a beaucoup de parfums que j’ai aimés, mais jamais portés, parce que je ne me vois pas le faire, que ce serait comme enfiler un déguisement. Bien sûr, se déguiser, ça peut être amusant, parfois : le soir par exemple, j’aime bien porter Fourreau Noir de Serge Lutens ou bien son Muscs Koublaï Kahn si je veux me la jouer chic, ce qui ne m’arrive pas non plus très souvent. Mais pour moi, c’est pas des parfums du quotidien, c’est exceptionnel. Alors bien sûr, je pourrais mettre de l’exceptionnel dans mon quotidien mais bon, si je ne le fais pas, c’est que c’est pas moi, quoi. J’ai beau essayer, je reviens toujours à la fraîcheur. En fait, j’ai une vision du parfum assez « pour moi » : ça me fait plaisir de mettre une Cologne après le bain, je sors même rarement sans m’être parfumée, mais je ne le fais pas pour les autres ou pour laisser une sillage sur mon passage.

De manière générale, depuis que j’écris sur le parfum, je suis plus consciente des odeurs qu’avant. L’odorat, ça contribue au plaisir des sens : un bon plat, un bon parfum, une bonne bouteille, c’est les plaisirs de la vie. D’ailleurs, je fais un parallèle entre parfum et gastronomie : pour moi, des bons ingrédients dans un parfum, c’est comme de bons fruits et légumes dans un plat. Et plus ça va, plus je m’éloigne de la nourriture industrielle comme des parfums de masse ! Je pense que c’est un mouvement général qui n’est pas seulement lié au fait que j’ai découvert cet univers du parfum mais juste que je suis de nature hédoniste. Sentir de bonnes odeurs et manger des bonnes choses, ça va ensemble et c’est tout aussi important.

Quand Jeanne m’a parlé du projet NEZ, je lui ai dit que ce serait bien de faire un sujet économique. Car je pensais que si on parlait de beaux parfums, il fallait aussi savoir comment ils étaient distribués, comment ils trouvaient leur public et arrivaient jusqu’au client. Alors j’ai proposé un article qui retrace un peu l’histoire de la constitution des chaînes de parfumerie en France. Au départ il y avait tout un maillage d’indépendants qui a été racheté petit à petit par les Marionnaud et autres, le parfum est devenu accessible à tous, ce qui est une bonne chose, mais en même temps ça a entrainé une banalisation du parfum. En réaction à ça, il y a de nouveau des parfumeries indépendantes qui se créent, sur le même modèle que dans les années 50 ! C’est intéressant de montrer qu’il y a toujours des balanciers. Après la démocratisation, on revient à un certain élitisme – enfin, toutes proportions gardées parce que finalement, quel que soit notre pouvoir d’achat, on peut aimer les mêmes choses. Dans l’alimentaire par exemple, on peut se dire « Je préfère employer mon budget à manger un bon poulet fermier de temps en temps plutôt que de manger du mauvais poulet tous les jours. » Pour le parfum, c’est pareil : finalement, s’offrir un très beau jus à 150€, certes, c’est un luxe, mais ça a plus de sens que de s’acheter tous les trois mois un parfum à 50€ dégueulasse ! Parce qu’on en met moins, que c’est plus puissant, qu’on en profite plus, finalement. C’est toute une réflexion sur la consommation. Et je pense qu’il y a plein de gens qui n’ont plus envie de manger ou de sentir des choses banalisées, aseptisées, artificielles. L’article parle de ça, et il essaie aussi de voir quel peut être l’avenir de la parfumerie, parce que les chaînes voient bien que la niche leur prend des parts de marché, alors elles réfléchissent à avoir leur propre réseau de niche. Résultat, on va avoir de la niche dans la niche, la vraie niche et la niche commerciale – c’est déjà un peu le cas d’ailleurs. Alors plus que jamais, c’est le moment de parler des vrais passionnés, qui font du bel ouvrage et qui ne sont pas là par opportunisme.

Pascale Caussat, 43, journalist and blogger.

I can’t say that I’ve always had a passion for perfume, or that I grew up in a family where there was a culture of perfume: for my parents, it was more about hygiene. The smells of my childhood are clean, shaving cream smells, Bien-Être colognes and Brut de Fabergé. The scents I keep in memory are mostly linked to nature in the countryside where I grew up, in the Cévennes: the earth heated up by the sun, the dried grass, the wild roses, the lavender I’ve smelled so much I find it cliché now.

As a teenager, I’ve worn and loved Loulou by Cacharel. But more than the perfume itself, I loved the universe around it, and this opaque bottle of a kind that doesn’t exist anymore. It was a beautiful object. Then, around the age of 20, I had a crush on White Musk by The Body Shop. A hygienic, clean scent, not very sophisticated… But I’d never heard names like Guerlain at the time. The fragrances I wore later on, I mostly found out about them as I traveled for work. As a journalist for the magazine Stratégies, I went to Cannes for the advertising festival, and ended up in amazing hotels like the Majestic or the Martinez. Thanks to the toiletries in my rooms I discovered Hermès’ Eau d’Orange Verte and Eau de Rochas. Two fresh scents, not too strong, that I fell in love with immediately and still wear today. Funny to notice that once again, they were first associated with hygiene…

After a few years at Strategies, a position of co-editor in chief opened up at CosmetiqueMag, which belonged to the same group. I felt like learning new things, so I applied. I didn’t know much about the beauty industry or perfume, but it’s a highly creative sector and I’m passionate about creation, plus there was this economic aspect to it that made a lot of sense for me because that’s where I come from: my first job out of journalism school was at the economic pages of Le Monde… The rest I learnt on the job. And I enjoyed discovering the universe of perfumers, their know-how. Jean-Claude Ellena is impressive, I respect his vision and what he does. I love talking to Thierry Wasser, he says what he means, he won’t ask you to proofread his quotes and he is, like me, an earthy person, the kind of guy who goes check on the harvest of his jasmine himself… I like that. I did a lot of interviews with perfumers, there are many others whom I kike: Alberto Morillas, Dominique Ropion, Aurélien Guichard, Marie Salamagne or Michel Almairac, who is a remarkable pedagogue and who taught me a lot. Really, I loved being introduced to this world. Despite the power of marketing, there truly are artists there. When CosmetiqueMag was taken over, I felt like changing again, escaping routine and I became a freelance journalist. I started writing for the Journal du Dimanche, articles about perfume trends, raw materials… And other things, too: fashion, made in France, luxury. But I want to stay close to perfume. I think I’ve caught the virus!

Since I smell a lot of them, my relationship to fragrances has changed: I wear much more than before. I used to have my Eau d’Orange Verte and my Eau de Rochas, now I have several I choose from every day. And I dare to wear more feminine, more powerful things. Today, I wear the latest Mizensir, Little Bianca, a very nice fragrance Alberto Morillas composed for his granddaughter. Among the things I discovered these past few years, I’ve loved N°5 Eau Première. It’s my winter smell, enveloping like a warm scarf. I’ve loved Corsica Furiosa by Parfum d’Empire: the year it came out, I went on a holiday in Corsica and I was able to smell the lentisque in nature, it’s amazing. I love the authenticity in Marc-Antoine Corticchiato’s perfumes. For a little while, I wore a light flanker of Angel I thought was nice and joyful. But it was a short craze. Some years ago, my mother offered me Iris Nobile by Acqua di Parma, it’s been a while now but I was truly in love with this one. And then there are a lot of perfumes I’ve loved but never worn, because I didn’t picture myself do it, it would’ve been like putting on a costume. Sure, it can be fun to wear costumes sometimes: in the evening for example, I like to wear Fourreau Noir by Serge Lutens, or his Muscs Koublaï Kahn if I want to play it really chic, which doesn’t happen too often. For me, these aren’t everyday perfumes but exceptional ones. Of course I could think, why not put some exceptional into my everyday, but well, if I don’t, it’s just that it doesn’t do it for me. No matter how I try, I always go back to freshness eventually. In fact, I have a vision of perfume that’s rather “for me”: I enjoy spraying on a Cologne after my bath, I will rarely leave the house without perfume, but I don’t do it for the others or to leave a trail behind me.

Generally speaking, I’ve been more smell-conscious since I’ve started writing about perfume. Smell contributes to the pleasure of senses: a good dish, a good fragrance, a good bottle, these are the pleasures of life. I actually draw a parallel between perfume and gastronomy: for me, good ingredients in a perfume are like good fruits and vegetables in a dish. And the more I go, the more I stay away from industrial food and mass-market perfumes! I think it’s a general move that’s not just due to my discovery of the universe of perfume but more to my being a hedonist. Smelling good smells and eating good things go together and they matter just as much.

When Jeanne told me about the project NEZ, I told her it would be a good thing to write about economy. Because if we’re going to talk about beautiful fragrances, we must explain how they are distributed, how they find their audience and reach the customers. So I suggested an article exploring how perfumery chains were born in France. In the beginning, there was a netting of independents which little by little was acquired by Marionnaud and others, perfume became available to everybody, which is a good thing but which also led to a banalization of perfume. In reaction to that, new independent perfumeries are opening today, on the same model as in the fifties! It’s interesting to show that there’s always a pendulum. After democratization, we go back to a certain elitism – that is, in relative terms, because in the end, no matter our buying power, we can all enjoy the same things. With food for example, one may say “I’d rather spend my budget on buying a good free-range chicken from time to time than eating bad chicken every day”. Same applies to perfume: when you think of it, of course, buying a very nice 150€-fragrance is a luxury, but it makes a lot more sense than spending 50€ on a crappy one every three months! Because you wear less of it, and it is more powerful, you enjoy it more, in the end. It’s a whole reflection on how we consume. And I think that a lot of people don’t feel like eating or smelling banal, sanitized, artificial things anymore. The article talks about that, and it also tries to see what the future of perfumery can be, because big chains are aware that niche is eating up their market shares, so they are coming up with their own niche offer. As a result, we’re going to have niche within the niche, real niche and commercial niche – it’s already a little like that. So more than ever, it is time to speak about those whose passion is genuine, who are doing a great work and not just being opportunists.

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