What do you Flair #33: David, Paris

David porte L'Eau d'Hadrien d'Annick Goutal

David porte L’Eau d’Hadrien d’Annick Goutal

David von Grafenberg, 38 ans, écrivain. Auteur de Prostitué et Surveillant.

Qu’il s’agisse de parfums, d’art, de musique ou encore de mode, toutes les choses que j’aime sont liées à ma mythologie personnelle : elles ont forcément eu une place dans ma vie à un moment donné. J’aime Nicki de Saint Phalle parce que ma mère a bossé pour elle, telle ou telle chanteuse parce que mon père m’en a beaucoup parlé… De la même manière, j’aime les parfums dans la mesure où ils capturent un souvenir. C’est comme dans un livre de Modiano : quelque part, à un moment donné, une odeur va faire que tu penses à quelqu’un, tu ne sais plus très bien qui ni pourquoi, mais tu as une impression que tu ne peux pas décrire. Alors tu essaies de trouver des traces, des fragments. Le parfum, c’est la quête du souvenir. L’exercice est difficile parce qu’un tas de paramètres entrent en jeu et qu’ils sont tous relatifs. Mais c’est ça que je trouve passionnant.

J’adore L’Heure Bleue, parce qu’à Neuilly, au milieu des années 80, les filles du lycée qui étaient à la mode portaient l’Heure Bleue. Dont ma grande sœur. Pour cette raison, j’aime beaucoup ce parfum, mais en même temps quand je le sens aujourd’hui, je ne retrouve pas ma sœur. Il a du être reformulé car je trouve qu’il a changé, même si je ne peux pas expliquer en quoi. Au lycée, toujours, j’étais sorti avec une fille qui portait Cerruti 1881. Un parfum pas franchement dingo, mais quand je le sens dans la rue – souvent sur des femmes plus âgées, d’ailleurs – j’ai l’impression qu’elle est là et je me revois dans sa chambre. Deux de mes soeurs portent le même parfum depuis toujours. C’est très rassurant quand quelqu’un sent toujours pareil. Olivia, c’est Après l’Ondée ; Sarah, L’Ombre Rose de Brosseau. Ma mère, elle, a passé son temps à changer. Elle a été directeur marketing chez Rochas, Cardin, Maxim’s, Nicki de Saint Phalle… Donc entre les tests de parfums en cours d’élaboration et les nouveautés, elle changeait super souvent. D’ailleurs, récemment, on s’est rendu compte avec ma sœur qu’on associe pas les mêmes odeurs à elle : j’ai retenu certains parfums, elle, d’autres. C’est marrant, non ?

Pendant toute mon enfance, ma mère nous a aspergés de Tartine et Chocolat – je suis même convaincu que le jour du baptême elle a vidé une demi bouteille dans le bénitier ! Adolescent, j’ai commencé à trouver que ça faisait un peu gamin, et puis j’ai eu un petit souci à l’école : j’ai porté des culottes Petit Bateau jusqu’en 4ème, et un jour en cours de gym on m’a baissé mon jogging et tout le monde a vu que j’en portais. Je me suis fait méchamment charrier, et en rentrant j’ai dit à mère : « Fini les culottes Petit Bateau, et je veux un parfum d’homme ! » Donc ma mère a cédé : à l’époque, il y avait Choc de Cardin, et ils en avaient fait une Eau Tonique, très héspéridée, super fraîche, vachement bien. Mais un jour ma tante m’a dit que ce n’était pas très masculin parce que c’était la déclinaison d’un parfum féminin, alors j’ai redemandé à ma mère un truc viril. Là, elle m’a rapporté Bleu Marine de Cardin, une fougère fraîche que j’ai beaucoup aimée. Et puis un jour, à la sortie du lycée, j’ai rencontré André Courrèges. C’est lui qui m’a tout appris de la mode. Pour mes 16 ans, il m’a offert un flacon d’Eau de Courrèges. Je n’ai porté que ça pendant très longtemps, jusqu’à 23 ans. Mes potes de lycée trouvaient que ça sentait trop bon : je ne leur ai jamais caché ce que c’était et j’en ai converti quelques uns.

C’est par hasard que j’ai senti pour la première fois L’Eau d’Hadrien, à la boutique Annick Goutal de la place Saint Sulpice. J’étais allé y sentir Sable, dont j’avais adoré le nom, mais ça a été une grosse déception, trop ambré, avec cette odeur d’immortelle très forte. L’Eau d’Hadrien, au début je l’ai trouvée trop citron, mais j’y suis revenu, et puis j’ai fini par acheter une bouteille. J’aime bien cette note de cyprès qui m’évoque la Côte d’Azur et mes grands-parents qui habitaient à Vence. Ca fait plus de 10 ans que je le porte. Depuis, j’ai eu des flirts avec d’autres parfums, mais je me suis rendu compte que l’Eau d’Hadrien, quelle que soit mon humeur, la situation dans laquelle je me trouve, c’est toujours parfait. Et puis j’ai tout le temps des compliments. Encore récemment, dans le métro on m’a arrêté, on m’a dit que mon parfum sentait bon, alors comme à chaque fois j’ai dégainé ma bonne blague, « vu ce que ça coûte, ça peut », ha ha ha, mais c’est agréable. Je n’ai jamais réussi à me défaire de ce parfum, même s’il y a d’autres choses que j’aime. Par exemple Vétiver de Guerlain, que j’ai découvert quand j’ai commencé à bosser chez Jean-Charles de Castelbajac. Il le portait. André Courrèges aussi, d’ailleurs. Je trouve ce parfum génial, et il leur allait super bien. Mais moi, j’ai essayé d’en mettre un fois, et ça m’a donné un haut-le-cœur.

Par curiosité, je m’intéresse aux nouveautés si leur nom me fait rêver, mais je ne suis pas un férru de l’inconnu. Rarement, un nouveau parfum peut susciter chez moi une émotion : j’ai découvert sur une copine Green de Byredo, par exemple, et je le trouve génial. Propre et vert, sans tomber dans l’aldéhyde ni dans le gazon. Vachement bien. Mais de manière générale, j’ai un problème avec les parfums contemporains : il y a une note de synthèse qui me prend le nez, comme un truc un peu atone, j’ai du mal à le décrire. Tous ces trucs fruités, fleuris, je trouve que c’est comme si tu écoutais un mauvais mp3. Les gamines dans la rue me donnent l’impression d’être tombées dans un pot de confiture synthétique et étouffant. Quand j’étais au lycée, les filles voulaient des trucs hyper femme, aujourd’hui elles veulent des trucs de petite fille. C’est bizarre, non ?

En fait, aujourd’hui, même dans la parfumerie de niche, c’est la technique du standard : un flacon standard, une étiquette standard, beaucoup moins de frais de mise au point, reste juste à concevoir le jus. A l’époque où ma mère bossait chez Cardin, il fallait compter 4 ou 5 ans pour mettre au point un nouveau produit. Ce n’est certainement pas le cas aujourd’hui! Finalement, j’ai l’impression qu’il s’est passé dans le parfum la même chose que dans la littérature : à un moment, on a commencé à vendre moins, donc on a sorti plus de références. Pour compenser la perte de vitesse progressive d’un livre qui se vendait à, disons, 20.000 exemplaires, les maisons d’édition ont décidé d’en sortir deux à 10.000. C’est pareil dans l’industrie du parfum, avec les lancements qui ne cessent de s’accélérer et ce système de flankers qui ne rime plus à rien. Le problème c’est que, du coup, le parfum fait de moins en moins rêver.

David von Grafenberg, 38, writer. Author of Prostitué and Surveillant.

Whether it’s perfumes, arts, music or even fashion, all the things I love are somehow related to my personal mythology: they have necessarily been part of my life at some point. I love Nicki de Saint Phalle because my mom has worked for her, such and such singers because my dad told me about them… Similarly, I like perfumes inasmuch as they capture a memory. It’s like in a Patrick Modiano book : somewhere, at some point, a smell makes you think of someone, you don’t know quite well who or why, but you get an impression you cannot describe. So you try to find traces, fragments. Perfume is the quest for memory. It’s a difficult exercise because there are a lot of factors that come into play and they are all relative. But that’s what I find fascinating.

I love L’Heure Bleue, because in Neuilly, back in the mid-eighties, the high school’s trendy girls wore it. Including my older sister. I love this perfume for this reason, but at the same time, when I smell it today, I can’t find my sister. It must have been reformulated because I feel like it’s changed, although I can’t explain how. In high school, still, I dated this girl who wore Cerruti 1881. Not the best perfume in the world, but when I smell it in the street – on older women, usually – I get the feeling she’s there and I picture myself in her room. Two of my sisters have been wearing the same perfume forever. Olivia has Après L’Ondée, Sarah, L’Ombre Rose by Brosseau. Whereas my mom has always changed a lot. She was a marketing director for Rochas, Cardin, Maxim’s, Nicki de Saint Phalle… Between testing perfumes in the making and trying new ones, she changed very often. Which reminds me that, recently, my sister and I realized that we don’t associate out mom with the same smells : I’ve retained some perfumes, she did others. Funny, isn’t it?

During my entire childhood, my mother splashed us with Tartine et Chocolat – I’m even convinced that, on the day of our christening, she emptied half a bottle in the stoup! In my teenage years I started to think it was a little childish, and I had a little incident at school: I wore Petit Bateau underpants until I was in 8th grade and one day at gym class, someone pulled down my pants and everyone saw I was wearing them. Everyone made fun of me and when I came home I told my mom: “No more Petit Bateau underpants, and I want a man’s perfume!”. So my mother accepted: back then, there was Choc de Cardin and they had made an Eau Tonique, very citrusy, very fresh, really good. But one day my aunt told me it wasn’t very masculine because it was the declination of a women’s fragrance, so I asked my mom for something manly. She brought me Bleu Marine by Cardin, a fresh fougere I loved a lot. And then one day in front of my high school I met André Courrèges. He’s the one who thaught me everything about fashion. For my 16th birthday, he got me a bottle of Eau de Courrèges. I wore nothing else for a long time, until I was 23. My friends thought it was awesome, too: I never kept it for myself and I converted some of them.

It was by pure chance that I smelled L’Eau d’Hadrien for the first time, at the Annick Goutal store on Place Saint Sulpice. I went there to smell Sable, whose name I though was great, but it was a major disappointment: too ambery, with this very strong immortelle smell. As for L’Eau d’Hadrien, at first I thought it was too lemony, but I came back to it, and eventually I bought a bottle. I like the cypress note that reminds me of the French Riviera and my grandparents who lived in Vence. I’ve been wearing it for 10 years now. I’ve had flings with other perfumes since, but I’ve realized that L’Eau d’Hadrien is always perfect no matter which mood or situation I’m in. Besides I get lots of compliments. Recently again, someone stopped my in the metro and told me my perfume smelled good, so just like every other time I replied with my good old joke “given how much it costs, it can”, ha ha ha, but it feels nice. I’ve never managed to change, even though there are other things I love. Vétiver by Guerlain, for instance, which I’ve discovered when I started working with Jean-Charles de Castelbajac. He wore it. André Courrèges did too, by the way. I think this perfume is awesome, and it was great on them. But I’ve only tried it on myself once, and it made me retch.

Out of curiosity, I sometimes smell new perfumes if their name sounds dreamy, but I’m not crazy about the unknown. Rarely, a new fragrance may provoke an emotion: I’ve discovered Byredo’s Green on a friend, for example, and I think it’s great. Clean and green, without falling in the pitfall of aldehydes or freshly-cut grass. Really great. But on the whole, I have a problem with contemporary perfumes: there’s a synthetic note that attacks my nose, something blank, I can’t quite describe it. All these fruity, floral fragrances, it’s like listening to a bad mp3. Girls in the street make me feel like they fell in a jar of synthetic, stifling jam. When I was in high school, girls wanted to smell like women, now they want little girls’ scents. Isn’t it weird?

In fact, today, even in the niche perfumery, the standard technique applies: one standard bottle, one standard label, much less development costs, all that’s got to be created is the juice. Back when my mom worked for Cardin, they needed 4 to 5 years to come up with a new product. It’s definitely not the case today! In the end, I feel like the same thing happened in perfume as it did in literature: at some point, sales started to drop, and as a response more references came out. To compensate for the losing speed of a book that sold, say, 20.000 copies, editors decided to launch two at 10.000. It’s the same with perfume, with ever-accelerating launches and this flankers system that makes no sense anymore. The problem is that, consequently, perfume makes us dream less each day.

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