L’extrait de parfum Jersey de Chanel

DSC_0407C’était un lancement attendu que celui de trois nouveaux extraits de parfum tirés de la collection des Exclusifs de Chanel: 1932, Beige et Jersey. Un mois après leur sortie en février, deux amis bloggers (Juliette de Poivre Bleu et Patrice de Musque-Moi) et moi-même avons choisi de vous livrer chacun nos impressions sur l’une de ces trois créations. 

Si j’ai choisi Jersey, c’est parce qu’il est déjà l’un de mes parfums préférés parmi la superbe collection de Exclusifs. Alors que j’interviewais Jacques Polge, il y a un peu plus d’un an, il m’avait révélé que c’est sa rencontre avec le fournisseur d’une « lavande formidable » – et très onéreuse –  qui lui avait soufflé l’idée de Jersey. J’avais particulièrement aimé cette histoire, parce qu’il me semble que la lavande, à force d’être infusée dans des lessives et détergents aux « senteurs Provençales », a fini par perdre ses lettres de noblesse : galvaudée par plusieurs siècles d’utilisation ménagère, elle nous évoque si inévitablement une serpillère sur du carrelage ou un panier de linge fraichement repassé qu’il paraît impossible de l’apprécier objectivement, pour ce qu’elle est.
Si la lavande demeure l’ingrédient phare de quelques grands parfums masculins ou, au mieux, unisexes (Pour un Homme de Caron, Gris Clair de Lutens, Brin de Réglisse chez Hermès…), c’est comme si une loi tacite de la parfumerie lui interdisait le rôle-titre des compositions féminines. C’est d’ailleurs cet état de fait qui a inspiré son nom à la composition de Jacques Polge pour Chanel. Car le jersey fut cette étoffe utilitaire, dépourvue de toute noblesse, que l’on réservait au vestiaire masculin. Jusqu’à ce que, au début des années 1920, Gabrielle Chanel, couturière visionnaire, aie l’idée de détourner cette maille et de s’en servir pour libérer le corps des femmes en leur offrant une nouvelle élégance, toute en souplesse.

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Une démarche qui n’est pas sans rappeler celle de Jacques Polge avec Jersey : le parfumeur a sorti de son carcan une matière première traditionnellement masculine, pour lui offrir une composition élégante, qui s’affranchit des sexes.
L’eau de toilette, lancée en 2011, s’articule autour d’un accord remarquablement doux de lavande et fève tonka aux accents de foin et d’amande. Emportée par des notes aromatiques en tête, la lavande s’évanouit sur un lit poudré de muscs et de notes vanillées.

Dans sa version extrait, Jersey enrichit son coeur d’absolu de jasmin et d’absolu de rose de Mai. Plus rond, plus onctueux, plus lumineux, l’extrait Jersey offre à sa lavande une dimension et un relief supplémentaires. La tenue sur peau est améliorée, mais l’ampleur de sa résonnance également, un peu comme si on passait du stéréo au 5.1. 

Je continue néanmoins d’apprécier l’eau de toilette pour sa fraicheur tranchée, très aromatique, un rien sauvage : on ne perd jamais de vue la lavande qui, sobre et chic, reste au centre de la composition à chaque instant.
Dans l’extrait, définitivement plus Chanel-esque, on est par moments comme ébloui par la luminosité de l’opulent bouquet de fleurs – jasmin exotique en tête – au point de ne plus bien distinguer les contours de la lavande et ses notes aigües caractéristiques. Un flou artistique et visiblement maîtrisé.

L’exercice mené par Jacques Polge sur 1932, Beige et Jersey montre en tous cas que transformer une eau de parfum en extrait ne consiste pas simplement à augmenter sa concentration (la proportion de matières odorantes pour un même volume d’alcool), mais bel et bien à repenser toute une architecture.
« Le parfumeur doit se tenir au plus près de sa formule d’origine tout en acceptant de s’en détacher. Quelques grammes de beurre d’iris de trop et c’est une autre création qui surgit sur la peau. Il faut alors réconcilier, réinventer, alléger, soustraire, envelopper, adoucir afin de retrouver la même mélodie poétique, interprétée cette fois par un orchestre philarmonique », explique Chanel.
Concentré entre 20% et 40%, l’extrait de parfum offre une meilleure tenue, une évolution plus complexe et sans doute plus fidèle à l’idée originelle du parfumeur. Et c’est effectivement un nouvel éclairage que nous apporte Jacques Polge sur ses propres créations. J’ai pu constater moi-même que les déclinaisons extrait invitent à repenser notre perception des Exclusifs : si Beige ne m’a jamais séduite en eau de toilette, je trouve sa version extrait remarquablement exécutée et beaucoup plus « intéressante » car beaucoup plus facettée.

Quant à Jersey, après un mois à le déposer amoureusement sur ma peau presque chaque matin, j’ai fini par décider que l’extrait, plus chaud et plus épais que l’eau de parfum, serait idéal pour le soir, comme un petit gilet qu’on enfilerait une fois le soleil couché. Pour les beaux jours, je reste fidèle à l’eau de toilette qui dit fièrement et sans détour son amour pour la lavande.

L’article de Poivre Bleu sur Beige est à lire ici.
Celui de Musque-Moi sur 1932, c’est !

Jersey, 1932 et Beige, 185€/15ml.
www.chanel.com

Photographies © Sarah Bouasse / FLAIR

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