What do you Flair #19: Marie Bénédicte, Paris

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Marie Bénédicte Gauthier, 49 ans, chef de service beauté-style de vie chez Voici.

Quand j’étais petite, chez moi il y avait surtout des eaux de Cologne. J’ai grandi avec Jean-Marie Farina, plus qu’avec des odeurs capiteuses ! Mais j’admirais déjà toutes ces images du N°5 de Chanel et sa bouteille magnifique. Aujourd’hui encore, le N°5 est un parfum que je sens très régulièrement, même si je suis incapable de le porter. Parce que tous les parfums n’ont pas la même fonction, pour moi : il y a ceux que je porte, ceux que je sens, et aussi ceux avec lesquels je me frictionne ! Le tout premier que j’ai porté, c’était Anaïs Anaïs, un floral assez abstrait malgré tout, avec ses notes aldéhydées et cet accord lys qui n’était pas habituel à l’époque. Certes, c’était pour les jeunes filles, mais c’était puissant et sa tenue, si je me souviens bien, était assez exceptionnelle. Je l’ai porté d’autant plus longtemps que j’étais fanatique des photos de Sarah Moon qui faisaient l’univers visuel de Cacharel à l’époque. C’est drôle, d’ailleurs, parce que ça me rappelle que j’ai aussi été folle des photos de Serge Lutens : j’avais des posters de lui dans ma chambre, bien avant qu’il ne fasse des parfums ! Après Anaïs Anaïs, je suis très vite passée à Opium. C’est avec lui que j’ai commencé à aimer les parfums très forts, presque masculins. Opium avait cette aura immédiate ; avec cette overdose de poivre et ce côté très oriental, il me faisait fantasmer. 

J’étais – et je suis toujours – fascinée par les hommes. A partir de 12 ou 13 ans, dès que j’étais amoureuse, je me parfumais avec l’odeur de mon amoureux. Le premier portrait Brut de Fabergé, et dès que j’allais dans les grands magasins j’en aspergeais mes vêtements ! Après il y a eu Kouros, puis Antaeus que j’ai porté pendant très longtemps, en alternance avec l’Heure Bleue, mon tout premier Guerlain. Pour moi, l’Heure Bleue a un côté « intimité féminine », très suave, très sexuel. A l’opposé, Antaeus avait cette virilité extraordinaire, et c’est ça que j’adorais. Et puis quand Serge Lutens, que je suivais depuis toujours, a sorti ses parfums,  j’ai commencé à porter Ambre Sultan. Ca a duré des années. Parallèlement je mettais aussi Habanita de Molinard, qui est le seul parfum vanille que j’aie aimé, grâce à son côté fumé, tabac, miellé. Ensuite, je me suis tournée vers des choses plus sèches. Aujourd’hui, je suis une fanatique de vétiver. Encre Noire de Lalique a été un coup de foudre incroyable, French Lover chez Frédéric Malle aussi, et Sycomore de Chanel évidemment, c’est un classique du vétiver. Celui que j’ai découvert le plus tard, c’est Vétiver Extraordinaire de Frédéric Malle, que je n’ai pas trop aimé au début parce qu’il avait un côté presque métallique, vraiment pas aimable. Il est moins boisé, moins onctueux que pas mal d’autres vétivers. Mais il est complètement addictif : c’est comme un homme qu’on aimerait pas trop au départ et dont on finirait par devenir folle.

Une autre odeur que j’aime beaucoup, c’est l’encens. J’en achète de gros sachets à Oman et je me frotte les mains avec. Un encens que j’adore, c’est l’Eau Froide de Lutens. Je le trouve remarquable. Il est très léger mais il a ce fond d’encens très présent. Avec lui, au bureau, j’ai un petit rituel : je m’en frictionne les mains. Ca me réveille, un peu comme les gens qui vont fumer leur clope. Dans le registre encens, j’aime aussi beaucoup Serge Noire. Mais chez Lutens, c’est Iris Silver Mist qui est devenu mon préféré. L’iris est une matière que je connaissais très peu avant et que j’ai découvert en étant journaliste. L’iris a ce côté cotonneux, suave, et très sensuel à la fois. Ca fond complètement sur la peau et cette odeur me ravit toujours. Et je ne trouve aucun iris aussi sublime, aussi puissant que celui de Serge Lutens. Il y a longtemps, j’avais essayé celui d’Hermès, Hiris. D’ailleurs, le parfumeur maison d’Hermès aujourd’hui, Jean-Claude Ellena, m’a toujours beaucoup intéressée. J’ai découvert l’Eau de Campagne qu’il a faite pour Sisley à une époque où je cherchais une alternative à mon parfum d’été, le N°19 de Chanel, et j’ai adoré ses notes de feuilles de tomate qui étaient révolutionnaires à l’époque. A partir de ce moment, la parfumerie d’Ellena m’a beaucoup intéressée. Quand j’étais enceinte, je portais son Jardin en Méditerrannée : jamais je ne me suis autant fait arrêter dans la rue. Tout le monde me demandait ce que je portais. Avec son odeur de figue verte et craquante, il est sublime. D’Ellena, j’ai aussi porté le Poivre Samarcande de la collection des Hermessences.

Aujourd’hui, j’aime les odeurs très fortes ou les odeurs très vertes, mais je n’ai pas beaucoup de latitude entre les deux. Je porte toujours l’Heure Bleue pour sa féminité mais je n’aime pas les bouquets de fleurs blanches : Trésor, Carnal Flower… ce sont des parfums que j’adore sentir car j’ai appris à les apprécier, mais je ne les porte jamais. Avec l’éducation olfactive, on découvre beaucoup de choses : depuis peu, j’aime beaucoup toutes les roses terreuses et animales, chez Frédéric Malle notamment. Frédéric est le premier homme qui, il y a plus de 10 ans, a commencé à m’éduquer au parfum. Je trouve tous ses parfums hyper intéressants. J’adore son Portrait of a Lady, et sur un homme je suis sûre que c’est merveilleux !

Ce qui est génial, c’est que le parfum, c’est comme le cinéma : c’est infini, et quand on aime ça, on passe son temps à découvrir des choses, même bien après qu’elles soient sorties.  Et quand tu rentres dans les histoires, elles sont toutes extraordinaires. Le parfum est toujours un travail d’équipe et j’adore cette énergie collective. Aujourd’hui, même dans les gros lancements mainstream, il y a des choses plus intéressantes qu’on ne le dit, et derrière ces parfums, il y a de belles énergies.

Et puis finalement, pour moi, le parfum, c’est l’éternité. L’odeur éternelle de la beauté. C’est cette chose qui nous échappe, mais qui restera quand on sera parti.

Marie Bénédicte Gauthier, 49, beauty and lifestyle editor at French magazine Voici.

When I was a kid, there were mostly eaux de Cologne at my home. I grew up with Jean-Marie Farina, not with heady smells! But I already admired these images of Chanel N°5 and its beautiful bottle. Today, N°5 is still a perfume that I smell regularly, although I couldn’t wear it myself. Because for me, all perfumes don’t have the same function: there are those I wear, those I smell, and those I rub myself with! The first one I ever wore was Cacharel’s Anaïs Anaïs, a rather abstract floral, with its aldehydes and this lily accord which was rather unusual at the time. Yes, it was for young girls, but it was powerful and its tenacity, if I remember correctly, was rather exceptional. I wore it all the much longer that I was crazy about Sarah Moon’s pictures, which belonged to Cacharel’s universe back then. It’s funny, actually, because it reminds me that I was also crazy about Serge Lutens’ pictures: I had posters of him in my bedroom long before he started making fragrances! After Anaïs Anaïs, I soon switched to Opium. That is when I started enjoying very strong, almost masculine perfumes. Opium had this immediate aura; with its pepper overdose and this very oriental feel, it made me fantasize.

I was – and still am – fascinated by men. As soon as I was 12 or 13, every time I was in love, I wore the smell of my boyfriend. The first one wore Brut de Fabergé, and everytime I went to a supermarket I would spray all my clothes! After him, there was Kouros, then Antaeus, which I wore for a very long time, alternating with L’Heure Bleue, my very first Guerlain. I think L’Heure Bleue has a “feminine intimacy” feel, very smooth, very sexual. On the opposite, Antaeus had this extraordinary virility, and this is what I loved about it. And then when Serge Lutens, who I’d been following since forever, launched his perfumes, I started wearing Ambre Sultan. I did for years. At that time I also wore Molinard’s Habanita, which is the only vanilla perfume I ever loved, thanks to its smoky, tobacco, honeyed facets. And then I turned to drier things. Today, I am a vetiver fanatic. Lalique’s Encre Noire was love at first sight, French Lover by Frédéric Malle too, and obviously Chanel’s Sycomore, a classic among all vetivers. The one I discovered after all the others was Frédéric Malle’s Vétiver Extraordnaire, which I didn’t like too much at first because it had this almost metallic, not very friendly feel. It is less woody, less creamy than many other vetivers. But it is completely addictive: it is just like a man you don’t like when you first meet him, but who you end up falling head over heels for.

Another smell I love is the smell of incense. I buy big bags of incense in Oman and rub my hands with it. An incense I love is Serge Lutens’ L’Eau Froide. I think it is remarkable. It is very light but it has that persistent incense base. I rub my hands with it when I’m at the office, it’s my little ritual. It energizes me, kind of like people who go and smoke a cigarette. In the incense category, I also love Serge Noire. But at Lutens, of all perfumes, Iris Silver Mist became my favorite. Iris is a material I didn’t know very well before, I discovered it as a journalist. Iris has this cottony, smooth and very sensuous feel. It melts on the skin and its smell always delights me. And I have never found an iris that is as sublime and powerful as Lutens’. Some time ago had tried the one by Hermès, Hiris. By the way, Hermes’ in-house perfumer now, Jean-Claude Ellena, has always interested me. I discovered L’Eau de Campagne he made for Sisley at a time when I was looking for an alternative to my summer fragrance, which was Chanel’s N°19, and I loved its tomato leaf notes, which were revolutionary back then. From then on, Ellena’s perfumery started really interesting me. When I was pregnant, I wore his Jardin en Méditerrannée: never did people talk to me more in the street. Everyone asked what I was wearing. With its green and crispy fig, it is sublime. I also wore Ellena’s Poivre Samarcande from the Hermessences collection. 

Today, I love either very strong or very green smells, but there isn’t much space for what comes in between. I still wear L’Heure Bleue for its great femininity but I don’t like great, white flower bouquets: Trésor, Carnal Flower… these are perfumes I love to smell because I have learned to appreciate them, but I never wear them. With olfactory education, one discovers many things: I’ve been loving all earthy, animal roses recently, especially those from Frédéric Malle’s collection. Frédéric was the first man to start educating me to perfume, more than 10 years ago. I think all his perfumes are very interesting. I love his Portrait of a Lady and I am sure it smells wonderful on a man!

Perfume is amazing the way that cinema is amazing: it is infinite, and when you start enjoying it, you keep on discovering new things, even years after they came out. And when you start digging into the stories behind perfumes, you realize they are all extraordinary. Perfume is always the result of team work and I love this collective energy. Today, even in the most mainstream launches, there are more interesting things than many will want to admit, and behind these perfumes there are beautiful energies.

And finally, perfume to me is eternity. The eternal smell of beauty. It is this thing we can’t grasp, which yet will still be here when we are gone. 

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 Photographies: Sarah Bouasse

 

 

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2 Commentaires

  1. mes remerciements pour cet article, et ton blog par la même occasion

    1. Merci à toi! 🙂

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