Interview: Jour d’Hermès, la fleur universelle de Jean-Claude Ellena

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Parfumeur exclusif d’Hermès depuis 2004, Jean-Claude Ellena a composé, en près de cinquante ans de métier, une longue liste de succès, parmi lesquels First pour Van Cleef and Arpels – son premier, en 1976 –  l’Eau Parfumée au Thé Vert pour Bulgari, In Love Again pour Yves Saint Laurent… Auteur des Hermessences ainsi que des quatre Jardins, c’est la légèreté quasi-translucide de ses parfums ainsi que leur construction virtuose qui fait aujourd’hui la signature Ellena chez Hermès. Une patte minimaliste qui nous livre depuis quelques années des créations lumineuses, élégantes, sans chichis. Fidèle à cette ligne de conduite, Jean-Claude Ellena vient de créer pour Hermès son premier « grand féminin ». Jour d’Hermès succède, dans l’intention et le nom, à Terre d’Hermès, ce grand masculin qui n’a jamais sorti un seul pied du podium des meilleures ventes depuis son lancement en 2006.  Souriant et volubile, comme à son habitude, Jean-Claude Ellena m’a reçue dans son bureau, juste au dessus de la boutique de la rue du Faubourg Saint Honoré, pour me raconter l’histoire de ce parfum, un bouquet de fleurs comme on en avait jamais senti avant.

© Stéphanie Tetu

Jean-Claude Ellena © Stéphanie Tetu

Comment est né Jour d’Hermès ?
L’histoire a commencé il y a à peu près trois ans.
Dans mon Journal d’un Parfumeur, j’en parle déjà, puisque je parle du « féminin H ». Ce « féminin H », c’était le début de l’aventure de Jour d’Hermès. Evidemment, il ne s’appelait pas encore comme ça, il n’avait pas de nom. Il y avait simplement une demande commerciale, bien claire, qui était « on a un masculin qui marche bien, c’est Terre d’Hermès, on veut la même chose au féminin. Voilà, c’est tout, vas-y! » (il rit de ce rire franc et généreux qui ponctuera le reste de cette interview et qui semble caractériser l’homme tout entier).

Vous voulez dire que Jour est le pendant féminin de Terre d’Hermès ?
Ce n’est pas le pendant à proprement parler, puisqu’il ne s’agissait pas de faire de Terre d’Hermès un féminin sur le même thème, ce que j’aurais d’ailleurs pu faire aussi.

Alors de quoi s’agissait-il ?
Première chose, on voulait un féminin. Deuxième chose, dans les discussions que j’ai eues avec Pierre Alexis (directeur artistique d’Hermès et membre de la famille fondatrice de la Maison) et Pierre Hardy (styliste et collaborateur d’Hermès), il y avait la notion de lumière. L’importance de la lumière pour les artisans. Le parfum aurait pu s’appeler Lumière, aussi. Mais bon. On discute, ils me parlent du Printemps de Botticelli, je leur réponds par Bonnard – on est pas de la même époque ! – et de Marthe, qu’il a peinte toute sa vie et qu’on ne voit jamais vieillir dans ses tableaux, ce qui est assez extraordinaire… Mais je leur parle également d’un autre peintre que j’aime beaucoup, qui est Chassériau, un peintre romantique orientaliste, qui peint des femmes bien dans leur peau, bien plantureuses, de très belles femmes.
Ca, c’est le tout début. Et puis, avec Pierre Hardy, on parle d’Hermès, de la féminité chez Hermès, et on se dit qu’Hermès n’est pas une Maison du soir. C’est une notion que je trouve importante : Hermès est une Maison de l’après-midi. Les vêtements chez Hermès sont souvent élégants, décontractés ; ils se portent l’après-midi jusqu’au début de la soirée, mais quand on passe à la nuit, le soir, tout d’un coup on est plus habillé en Hermès. On est plus dans l’esprit Hermès. Rien dans les vêtements féminins de la Maison ne fait référence à la nuit. Ca faisait partie de mes éléments de réflexion par rapport au féminin. Je me suis dit que ce ne serait pas un parfum du soir, pas un parfum au sens volupté, charnel, sensuel – ça ne se pouvait pas – et qu’il serait plutôt léger, dans l’élégance et le raffinement. Le cadre commençait donc à se préciser.
Et la notion de lumière me parlait puisque qui dit lumière dit transparence, dit légèreté.

Le Printemps de Botticelli

Le Printemps de Botticelli

Ce qui est justement votre patte de parfumeur…
Oui, ce qui fait partie de ma palette. En regardant Botticelli, j’ai trouvé une petite information intéressante : dans le tableau, il n’y a que des fleurs, il y en a partout, et il y a 500 variétés représentées. Fleurs, fleurs, fleurs. Certes, ce n’est pas uniquement par Botticelli qu’est venue l’idée ; mais si je devais parler de féminité, sans codes masculins, qu’est-ce que je pouvais faire ? Des fleurs. L’essence de la féminité est florale. Si je fais du bois, ce sera masculin/féminin, si je fais des épices, pareil. Il y a toute une série de codes sociétaux qui existent déjà. Je procède donc par élimination !
Quand je commence à travailler, et ça j’en parle dans Journal d’un Parfumeur, il y a le pois de senteur, qu’on retrouve ici, le gardénia, et j’aimais bien la dualité entre ces deux fleurs. Le pois de senteur, pour moi, c’est une fleur des champs, une fleur extérieure, et le gardénia est plutôt une fleur d’intérieur, d’appartement, une fleur intime. D’un côté l’aspect champêtre, de l’autre la volupté. J’aimais bien le paradoxe entre ces deux fleurs et je suis parti là dessus. Mais il fallait que le propos se complexifie, parce que je ne voulais surtout pas qu’on puisse dire « ça sent la rose » ou « ça sent le gardénia », je voulais surtout qu’on puisse dire que ça sent les fleurs. Lesquelles ? Celles que j’ai envie de mettre, celles que j’ai envie de nommer. Que les gens aient la liberté de dire « ça m’évoque le mimosa », « ça m’évoque le lys », « ça m’évoque la rose », etc.

Chacun est libre d’y sentir la fleur qu’il veut ?
Exactement. C’était cette notion de grand floral, je voulais quelque chose d’abstrait qui soit à la fois très naturel. Une naturalité que j’essaie d’exprimer dans le parfum sans qu’on puisse désigner de fleur spécifique. Ce jeu là m’amusait.

C’est donc une sorte de fleur universelle…
Oui, ça pourrait être cela, la fleur universelle. C’est l’idée qu’il y a derrière. L’idée, c’est que si c’est multifloral mais qu’on ne peut pas nommer de fleur, ce sera plus fort que si je nomme une seule fleur. Je pense à d’autres parfums qui ont existé avant, par exemple Paris, autour de la rose : si j’avais fait pareil, ça aurait enfermé mon propos. Je voulais être symbolique.

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Vous, le minimaliste de la parfumerie, proposez là un bouquet foisonnant. La formule de Jour est-elle aussi concise qu’à votre habitude ?
Oui ! Techniquement, il me faut deux produits pour faire une rose, cinq pour faire un jasmin, cinq pour faire un gardénia, quatre pour faire un pois de senteur. Mais si je regarde les ingrédients que toutes ces fleurs ont en commun, il y en a sept. C’est à dire qu’il y a des composants communs, et que c’est juste un jeu de proportions, de résonance entre les produits pour qu’on ne sache plus très bien de quelle fleur il s’agit. Je ne vais pas faire un portrait de chaque fleur pour ensuite les juxtaposer ; comme j’ai une connaissance globale et une image du tout, je sais quoi garder pour tout retrouver.
C’est cette connaissance de chaque élément, doublée d’une vision du tout, qui évite les redondances, les multiplications, les surcharges. Ensuite il faut mettre en équilibre, et ça c’est du boulot. Dans le processus traditionnel, les parfumeurs représentaient chaque chose, chacune étant déjà constituée de 20, 30 composants. A la fin on complexifiait, on empilait énormément et moi je me suis débarrassé de tout ça. Une fois que tu as la connaissance, tu peux t’amuser, tu as une vraie liberté que je n’avais pas en faisant comme eux. Je suis passé du style de préfabriqué à une fabrication totale. Il y a des exemples à la fin du Journal d’un Parfumeur. Avec très peu d’éléments je vous fais un effet jasmin, un effet gardénia, etc. Avec 10 produits je peux tout faire. Après c’est une question de proportions : à un moment, l’équilibre se fait.

Malgré ce que vous m’avez dit sur Hermès comme une Maison de l’après-midi, pensez-vous que Jour peut se porter la nuit?
Oui, au contraire. Une journaliste m’a dit quelque chose de très joli, elle m’a dit « tu sais comment je sais que c’est un bon parfum ? Je l’ai porté toute la nuit avec moi, et quand je me suis réveillée je me sentais très bien ». J’accepte ce critère ! Je n’avais jamais pensé à tester les parfums comme ça… Je le teste aussi, et je le trouve féminin sans être trop féminin. Sans agressivité. Je dois avoir un regard doux et tendre sur les femmes.

Hermäs - Jour d'Hermäs@RomÇo Ballancourt - BD

Jour d’Hermès

Vous avez créé beaucoup de parfums mixtes, et il me semble que vous êtes plutôt de ceux qui souhaitent au parfum de s’émanciper des codes féminin/masculin. Qu’est-ce que ça veut dire, alors, créer un parfum pour femme ?
C’est vrai que je ne crois pas aux parfums féminins ou masculins. Mais la société a créé ces codes, pour des finalités économiques, des codes purement inventés, de l’ordre des conventions, qui n’ont pas de raison d’être et que l’on peut facilement éliminer. Il y a des archétypes donnés par le marché, qui vont du N°5 de Chanel en passant par des vieux parfums comme l’Heure Bleue de Guerlain, et qui sont des représentations du parfum féminin. La question c’est comment résister à ça, faire quelque chose qui ne leur ressemble pas et qui ne réutilise pas ces codes existants, et en même temps exister parmi tout ce qui existe déjà ? J’ai essayé de trouver un chemin. La notion de fleur, oui, mais déjà je ne vais pas vous dire laquelle, j’évite ce piège là ; et quand je sens Jour je ne peux pas dire que ça me rappelle un autre parfum du marché.
C’est vrai que je procède par élimination. C’est drôle parce que j’apprécie plus un travail dans la contrainte qu’un travail libre. Ca permet de délimiter un cadre. Il y a peut-être aujourd’hui plus de liberté dans le genre masculin, qui peut être utilisé par les femmes, alors que l’inverse est plus difficile, et les hommes ne sont pas prêts de le faire.

Il y a plus de réticence chez les hommes à porter des parfums de femme…
Oui, beaucoup plus, et à mon avis ils ont tort, parce que Mitsouko sur un homme ça marche très bien, Shalimar aussi, c’est merveilleux. Mais ils ne sont pas prêts de le faire.

Quels sont les pièges du féminin que vous observez dans le marché aujourd’hui, qui est à mon sens de plus en plus standardisé ?
Oui, de plus en plus codé, je le vois bien, hélas ! Ils sont très contraignants, ces pièges. Ca va des muscs blancs en passant par toutes les notes fruitées possibles et imaginables. Du fruité, de la vanille, je ne vois que ça !

Et du patchouli…
Et du patchouli ! Alors sortez de là, et tout d’un coup, vous embarquez ailleurs. Moi je vous amène vers autre chose, sans dire vraiment quoi.

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A quel moment est-ce que la dimension artistique de votre métier de parfumeur rentre en jeu ?
Quand la rose ne sent plus la rose.

Quand l’odeur est différente de celle que la nature a faite ?
Oui, à partir du moment où je me saisis de l’odeur que la nature a faite et que je la déforme, que je la mets à mon diapason. Reproduire la nature, ça ne m’intéresse pas en tant que finalité. Je sais très bien que quand on sent un parfum, forcément les gens vont dire « ça me rappelle ceci, cela ». Mais ce n’est pas ça qui m’intéresse. Ce qui m’intéresse, c’est l’émotion que ça va susciter, l’émoi. Je veux la mettre en scène ; que ce soit avec de la rose, du bois, de la narcisse, ça ne compte pas. Seul le résultat compte. Il faut dépasser l’odeur de départ, l’odeur de la matière. La matière doit devenir autre chose, et là ça devient de l’expression artistique. Si les matériaux permettent de créer de la tension, s’il y a un supplément par rapport à l’odeur, si on va au delà de l’odeur première, ça devient intéressant.
Jour_d'Hermäs_BD_07Quand on commence dans la parfumerie, au début on est très proche de la nature et on la prend pour référence. A un moment donné, il faut prendre du recul, s’en dégager complètement, se demander comment exprimer différemment ce matériau là. Et là ça devient une construction de l’esprit, purement intellectuelle, et on s’éloigne de l’émotion première pour en créer une nouvelle. (Il fait une longue pause) C’est vachement difficile à expliquer ! Mais c’est ça qui m’excite. C’est pour ça que je fais encore du parfum. Aller au delà de. Giono avait une très jolie expression, il disait : « quand j’écris, je veux écrire derrière l’air ». Cette image me plait énormément, cette idée d’aller derrière, d’exprimer ce qu’on ne voit pas à la première lecture.
Un jour, Frédéric Malle m’a posé cette question : « est-ce que tu pourrais faire un parfum totalement abstrait ? ». J’avais répondu « non, je ne m’en sens pas capable. Il y a quelque chose qui va me manquer, je ne saurai pas faire ». Autant la peinture abstraite m’intéresse, autant je ne saurais pas faire d’abstraction en parfum. L’une des raisons, c’est que le parfum est un art tout jeune, qui a besoin d’avancer, d’évoluer, et que la où j’en suis on en est encore loin, certaines étapes n’ont pas encore été passées. Même si je faisais une odeur abstraite, la trouille que j’aurais c’est qu’elle ne soit pas comprise. Et ça me freine terriblement. Peut-être que je devrais le faire.

A votre sens, existe-t-il déjà des parfums abstraits ?
Il n’y a pas vraiment de parfums purement abstraits, ils font toujours plus ou moins référence à quelque chose d’existant.

Et puisque chacun a sa sensibilité, on ne pourra jamais être sur qu’un parfum n’évoque rien du tout à qui que ce soit… Mais peut-être en utilisant uniquement des composants chimiques qui ne sont pas présents dans la nature ?
Pas forcément, parce que ces composants chimiques ont été choisis justement parce qu’ils sentaient des choses naturelles ! C’est là où il y a une confusion. En tant que parfumeur, quand on choisit les nouvelles molécules qu’on va utiliser pour les parfums, le choix se fait toujours par rapport à la nature, à la référence nature. Par exemple sur une feuille de menthe tu peux sentir la menthe, évidemment, et puis tout d’un coup tu sens une molécule chimique et tu vas dire « ce que m’intéresse dans cette odeur là c’est le côté froid, vert, que je peux relier quelque part à la menthe ». Même si ça ne sent pas la menthe, ce côté froid et vert m’intéresse. Mais cette molécule fait référence à quelque chose d’existant. Si une molécule n’évoque rien de naturel, qu’elle ne provoque pas d’émotion, elle ne sera pas choisie : elle sera automatiquement mise de côté.

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C’est la question de savoir si l’art imite la nature… Pensez-vous qu’on ne peut pas transmettre d’émotion avec un parfum s’il n’évoque rien ?
De toutes façons on ne pourra pas empêcher les gens de trouver que ça leur fait penser à ci ou ça. Chacun va trouver ses propres références. Et tant mieux, ça enrichit le discours. De toutes manières, avec les couleurs c’est pareil, on parle d’un bleu et c’est le bleu du ciel, le bleu de la mer… Dans la peinture abstraite, c’est l’évocation du sujet qui est intéressante. Ce n’est pas un paysage, ni une nature morte, c’est la couleur.

Avez-vous commencé par faire du très figuratif avant de vous en libérer?
Au début c’était avec le jasmin: je me faisais le défi que mon jasmin sente encore plus le jasmin que le jasmin lui même…

Une sorte d’approche hyper-réaliste ?
Oui, ça m’amusait énormément. Je voulais aller encore plus loin que la nature, être plus fort que Dieu. Pour le non-croyant que je suis, c’était quelque chose !

Verdict ?
Je l’étais ! Mais, une fois que j’avais fait ça, je me suis demandé si je pouvais le faire avec peu de moyens. Et j’avais un vrai plaisir intellectuel, physique, à faire cela, trouver des combinaisons de matières. Avec deux matières je faisais un effet jasmin alors qu’il n’y avait jamais eu de jasmin dans la formule.

Est-ce l’héritage d’Edmond Roudnitska qui vous a poussé à toujours vouloir condenser, simplifier, aller à l’essentiel ?
Lui, ce qu’il m’a transmis, c’est la notion de simplicité. A chaque fois qu’on discutait, il me disait « Jean-Claude, à chaque fois que tu penses une formule, pense simplement », c’est à dire « élimine, élimine, élimine, et reviens à l’essentiel ». Et quand j’avais analysé ses parfums à la chromatographie, j’avais vu que ce qu’il disait, il le faisait. Ce n’étaient pas des bobards.
L’autre chose qu’il m’a transmise, c’est la notion de recul par rapport à ce que l’on fait. Prends le temps de sentir ce que tu as fait, prends le temps d’y réfléchir, de l’analyser. Ne pas être toujours dans le mouvement. Action, réflexion. Ca, c’était lui. Et chez moi, au delà de la notion de simplifier, il y a le plaisir de la virtuosité.
Après arrive la notion de création, et c’est encore un autre stade. C’est quand vient le moment du choix et qu’on se demande « pourquoi je veux le faire ? Quelle est mon intention ? » La plupart du temps c’est confus, mais je tends vers ce que j’ai dans Jour_d'Hermäs_BD_09la tête. Par exemple, parmi les thèmes que j’aimerais explorer, il y a l’odeur du foin en été. Mais pas au sens propre du terme : ce que je veux, c’est le sentiment que vous avez quand vous traversez, à pied ou en bicyclette, un champ où le foin a été coupé. Il y a une émotion très très forte qui marche à tous les coups, qui vous réveille, vous stimule. Il se passe quelque chose. Cette odeur à la fois très chaude et enveloppante et à la fois très légère, comment je peux l’exprimer autrement qu’en calquant l’odeur du foin ?
C’est comme quand j’ai fait le thé pour Bulgari (l’Eau Parfumée au Thé Vert, en 2004): c’est un thé qui ne contient pas de thé. Tout le monde croit que c’est l’odeur du thé mais ce n’en est pas. Là ça devient bien, c’est de la pure illusion. Mais ce n’est pas facile.

Où en êtes-vous de cette odeur de foin ?
Je suis toujours en recherche ! Comme j’aimerais faire l’odeur du froid, l’effet de froid. Est-ce que je peux le traduire en odeurs ? C’est beaucoup plus conceptuel. Est-ce que je peux procurer un frisson par l’odeur ? Ca m’intéresse énormément. C’est ce genre de démarche que j’appelle la création. Pour arriver à ça il faut connaître très bien la matière. Ca s’entretient.

Si vous deviez prendre un parfumeur sous votre aile, comme Edmond Roudnitska l’a fait avec vous, que lui transmettriez-vous ?
Je reprendrais l’idée de simplicité, parce que ça tient toujours ! Simplicité, concision. Quand on est dans un processus de création on a tendance à s’étaler, travailler plus à la périphérie qu’au centre, parce que c’est plus facile. Je dirais donc de recentrer, le discours, le travail.
Mais c’est la même chose avec l’écriture : à la fin, qu’est ce que je veux raconter ? Quelle est la ligne claire ? J’aime bien cette idée de fil conducteur : si je mets trop de choses à côté, je dilue mon propos. Eh bien là c’est pareil. On recentre, on ajoute, on recentre, on ajoute. Ca me rappelle un petit film que j’ai vu sur Monsieur Dior qui construisait ses modèles sur les femmes. La caméra cadrait le couturier et une femme qui portait une robe, surchargée de fleurs et de détails : il enlève, il arrache, il prend du recul, il revient, il enlève encore, et tout à coup on voit que ça marche beaucoup mieux. On peut toujours charger la barque au début, mais ensuite il faut éliminer, élaguer, couper. Et ça fait mal.

J’en sais quelque chose !
Oui, c’est dur de renoncer à dire quelque chose. D’accepter qu’il faut la garder pour un chapitre suivant. Regardez la parfumerie, jusque dans les années 70 : on disait tout. On mettait tout, et plus on en mettait plus on se sentait généreux ; alors que le discours, en réalité, était confus. Beaucoup de ces parfums vont disparaître.
En revanche, il ne faut pas basculer dans l’excès inverse : autant je crois qu’un message fort est fait pour durer, autant, à trop simplifier, on prend le risque de ne plus rien dire. Oublier de dire quelque chose ! C’est un grand danger.

© Benjamin Colombel

© Benjamin Colombel

Photographies: Ryan McGniley 

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7 Commentaires

  1. Bravo et merci pour cette très belle interview, les lecteurs d’auparfum ont bien apprécié 🙂

    1. Merci beaucoup Jeanne, et je suis flattée que vous soyez la première à commenter cet article!

  2. et j’etais etonnée d’être la première !
    vous avez eu beaucoup plus de commentaires sur auparfum en fait 🙂 (les retours sur le net sont rarement là où on les attends, il faut être partout…)
    A très bientôt
    jeanne

  3. Je ne me lasse pas de lire l’interview et de parcourir votre blog.Jour est venu agrandir ma collection de parfums et je le porte à chaque fois avec plaisir. Merci pour ces articles si bien écrits et si intéressants. Une lectrice d’auparfum!

    1. Bonjour Naty,

      Merci beaucoup pour votre message, je suis ravie de savoir que vous prenez du plaisir à lire mes articles!
      A très bientôt! Sarah

  4. Félicitations pour cet article, je partage je partage…

    1. Super, merci beaucoup!

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