Interview au pif: Francis Kurkdjian

Chevalier des Arts et des Lettres, Francis Kurkdjian est parfumeur pour la maison de composition Takasago, et, depuis 2009, pour la maison qui porte son nom. En 2001, il est le premier parfumeur à ouvrir son propre atelier de parfums sur-mesure. Lauréat la même année du Prix du parfumeur François Coty pour l’ensemble de sa carrière, il a notamment composé Le Mâle  pour Jean-Paul Gaultier (qu’il a créé à l’âge de 25 ans, alors qu’il travaillait chez Quest), Rose Barbare pour Guerlain, Narciso Rodriguez For Her avec Christine Nagel et, plus récemment, Le Parfum pour Elie Saab. 


Dans la vie de tous les jours, faites vous confiance à votre flair, à votre instinct?
Oui. Je fonctionne énormément à l’instinct. J’ai souvent des pressentiments, aussi bien sur des faits que pour des personnes. D’ailleurs très souvent  j’envoyais à Françoise Caron, un parfumeur avec laquelle j’ai longtemps travaillé, des emails avec un message qui lui prédisait la réussite des projets sur lesquels nous collaborions. Mes « prévisions » s’avéraient souvent justes.

Quel(s) parfum(s) portez-vous ?
Depuis que je compose des parfums, je ne me parfume plus en dehors des fragrances que je crée. Je suis mon premier « client ». Porter un parfum me permet de suivre son évolution tout au long de son développement. Ne pas en porter est pour moi une façon d’être en vacances !

Quel endroit du monde laisse le meilleur souvenir à votre nez?
Mes souvenirs sont très nombreux. L’un des bénéfices d’être parfumeur est d’avoir une très bonne mémoire, notamment olfactive. Mes voyages, des lieux, les parfums des personnes de mon entourage, je ‘note’ tout.

Quelle est la pire odeur que vous ayez jamais sentie?
C’était à New York quand j’y habitais au milieu des années 90. En plein été, j’ai ce souvenir de l’odeur dans les rues dans le Meatpacking District. L’eau croupie stagnante dans les caniveaux mélangée à l’odeur fétide des abattoirs. Une horreur !

A quoi votre nez vous est-il le plus utile quand vous n’êtes pas en train de travailler ?
A vivre comme tout le monde, ou presque !

Quelles sont les odeurs qui vous évoquent le plus de souvenirs ?
Le parfum ébranle les cloisons de la mémoire.  Ces fragrances sont sans aucun doute les plus poignantes. Parfois, je débouche un flacon de Femme de Rochas et je me souviens de ma grand-mère. C’était le dernier parfum qu’elle portait. Ce sentiment est irremplaçable.

Ca sent quoi chez vous ?
Des fleurs de saisons qui sentent. Le mimosa en hiver, la jacinthe en hiver. Les roses à la fin du printemps et l’été. En ce moment, ce sont les lys qui ont ma faveur. Des grands bouquets blancs qui envahissent la maison de leur sillage épicé et ouaté.

L’odeur d’une personne peut-elle influencer vos sentiments à son égard ?
Oui tout à fait. Je me souviens que j’avais une partenaire de danse qui portait un parfum qui me rappelait une personne que je n’aimais pas. Nous dansions un pas de deux et au bout de la deuxième répétition je lui ai demandé de changer de parfum !

Quelle est la pire faute de goût olfactive ?
Je ne crois pas à la faute de goût en matière de parfum. C’est tellement intime que chacun trouve ce qui est bon pour lui.

Et l’avenir, vous le sentez comment ?
Il sent l’iris et l’amyris, les deux matières premières clé de mon prochain duo parfumé !


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5 Commentaires

  1. […] Kurkdjian l’avait annoncé à Flair, au printemps: l’amyris et l’iris sont les deux ingrédients phare de son tout nouveau duo […]

  2. Belles questions, belles réponses. Le mimosa, la danse, Femme de Rochas… j’aime tellement la sensibilité de Kurkdjian. Je vous félicite: votre blog est très intéressant!

    1. Merci beaucoup Victor! J’adore aussi le raffinement de l’univers Kurkdjian… Avez-vous senti Amyris?

      1. Chère Sarah,

        Malheureusement je n’ai pas eu la possibilité de sentir les Amyris, mais je retourne à Paris bientôt et je vais tout découvrir. Je vois que vous en avez parlé ici. Mes « essentiels » sont l’encens, les bois, les résines… pensez-vous qu’ils me plairont?

        Connaissez-vous bien les parfums de la Maison Kurkdjian? J’adore Absolue pour le soir, mais sur ma peau il devient Santal de Mysore de Lutens très vite (enfin, mes flacons de ceci datent d’avant la réformulation, il faut voir ce qui va se passer maintenant). Qu’en pensez vous?

      2. Bonjour Victor,

        Amyris ne s’inscrit pas tout à fait dans cet esprit « encens, bois et résines », mais c’est un beau parfum, très lumineux. Il s’ouvre sur la douceur de la fève tonka et du bois d’amyris, qui vous plaira sans doute. Dites-moi ce que vous en aurez pensé après votre séjour à Paris! Et, si vous avez le temps, jetez aussi un coup d’oeil à Volutes chez Diptyque…
        Quant à Absolue pour le Soir, je l’adore, notamment pour son encens merveilleux. Mais je n’aurais jamais fait le rapprochement avec Santal de Mysore!

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